IA, Robotisation, automatisation : 3 métiers de la finance en évolution

« L’intelligence artificielle c’est la construction de programmes informatiques qui s’adonnent à des tâches qui sont, pour l’instant, accomplies de façon plus satisfaisante par les êtres humains car elles demandent des processus mentaux de haut niveau » : c’est la définition que donne Marvin Minsky, l’un des fondateurs du concept, en 1956. Cette automatisation touchera les métiers de la finance un demi-siècle plus tard.

L’intelligence artificielle regroupe toutes les évolutions capables de simuler l’intelligence humaine. Elle comprend les robots, les logiciels, les algorithmes… L’intelligence artificielle ce n’est pas uniquement Google Home ou Alexa, c’est aussi tout simplement votre calculatrice. On distingue en effet plusieurs niveaux d’intelligence artificielle : du traitement simple de calculs jusqu’au machine learning. Voire jusqu’au niveau où la machine pense par elle-même, niveau que nous n’avons évidemment pas atteint.

Cependant, Minsky n’imaginait sûrement pas la dimension que prendrait l’IA plus d’un demi-siècle plus tard.

La robotisation s’accélère et les machines se révèlent capables de remplacer de plus en plus les interventions humaines. Les robots semblent aujourd’hui exécuter les tâches de manière bien plus satisfaisantes que les humains ne pourraient le faire. La conséquence ? De nombreux métiers se voient menacés par cette vague de robotisation. Nous avons bien remarqué le passage du caissier à la caisse automatique, celui des ouvriers à la chaîne de montage automatisée en usine… Mais qu’en est-il des métiers plus qualifiés ? L’automatisation ne touche pas uniquement les emplois peu qualifiés. L’évolution des technologies permet aujourd’hui d’automatiser de nombreuses activités. Nous avons décidé de nous pencher sur 3 métiers dans le secteur de la finance

1. Le métier de comptable

Le comptable maîtrise les chiffres et gère les dépenses et les recettes. Il fait partie de la base des métiers de la finance d’entreprise. Suite à une étude publié en 2015 par l’université d’Oxford sur la disparition des métiers actuels, la BBC a créé un outil pour calculer la probabilité de disparition de votre métier dans les vingt prochaines années. Selon ce dernier, le métier de comptable a 97% de chance de disparaître.

Le traitement des données, effectué lors des opérations de saisie comptable par exemple, est facilement programmable par un logiciel. Automatiser la période de clôture des comptes, période stressante pour les collaborateurs concernés, permet notamment un fast closing.

C’est ce qu’EDF a compris, et c’est ainsi que le géant de l’électricité a décidé de développer son robot de comptabilité. En effet, pour suivre le mouvement des anglo-saxons, très axés sur l’automatisation, EDF a confié à un robot les tâches à faible valeur ajoutée, répétitives et chronophages, de la comptabilité. L’entreprise a donc développé trois robots, extrêmement rapides. Un robot effectue en 1 minute une tâche effectuée en 6 minutes par un humain. Le risque d’erreur lié au caractère répétitif des tâches est réduit. Car oui, à part une obsolescence possible pour les machines, les robots ne fatiguent pas et ne risquent pas de faire d’erreur d’inattention.

Cependant, même si les métiers de la finance,comme celui de comptable, sont menacés, ils sont plutôt voués à être modifiés que simplement supprimés. Les comptables vont en finir avec la saisie des données et la gestion de chiffres par milliers. Ils pourront maintenant se concentrer sur leur analyse et sur d’autres tâches à plus forte valeur ajoutée. Le métier de comptable va donc demander de plus en plus de compétences IT pour déployer et utiliser les logiciels et de moins en moins d’expertise financière.

2. Les employés de banque et d’assurance 

Passons à un autre des métiers de la finance, grandement menacé. Nous l’expérimentons au quotidien dans la gestion en ligne de nos comptes : le métier d’employé de banque est voué à disparaître. Internet et les applications mobiles ont révolutionné les transactions. Cela fait maintenant quelque temps que nous effectuons nos virements en ligne ou directement sur notre portable.

Dorénavant, les clients se rendent très rarement en agence, étant donné que toutes les actions peuvent se faire en ligne, si jamais la banque n’est pas déjà elle-même, une banque en ligne. Les conseillers clientèles ne verraient que 38% de leurs clients au cours d’une année. Et si jamais, l’utilisateur a une question, les chatbots, disponibles 24h/24, 7j/7, se chargeront de lui répondre. A l’origine, ces chatbots n’ont pas été développés pour remplacer les conseillers bancaires, mais plutôt pour les aider, via l’automatisation des tâches. C’est le cas par exemple au Crédit Mutuel. La Banque française a lancé, il y a 3 ans, le robot “Watson”, créé par le géant de l’IA, IBM. Lors de son lancement, la banque a annoncé l’extension de ce conseiller virtuel à 20 000 collaborateurs dans 5 000 caisses et agences. Les résultats ont été efficaces pour l’entreprise. Elle a pu estimer ce gain à 10 jours homme par an par conseiller libérés. Réduire le temps de travail permet de faire des économies pour cette Banque française, qui estime le montant à 60 millions d’euros. 

Un futur compromis pour les agences bancaires ?

Néanmoins, cette aide aux conseillers bancaires pourrait vite révéler un autre aspect de l’automatisation. Les employés auront, une charge de travail moins conséquente. Mais à terme, le développement des robots les feront-ils complètement disparaître ? Les agences bancaires sont menacées mais toutes les banques suivront-elles la voie de la Société Générale ? En effet, la banque française a annoncé en 2015 vouloir supprimer environ 3500 postes et 500 agences sur plus de 2000.

Mais il ne faut pas condamner les agences trop vite. Pour contracter un crédit par exemple les clients se dirigent toujours vers les agences bancaires. Malgré l’utilisation massive du numérique, selon une étude d’OpinionWay parue en 2019, 82% des 20-35 ans souhaitent pouvoir compter sur un conseiller. Cela ne paraît pas étonnant. Les machines sont efficaces lorsqu’il s’agit de question simples et standards. Lorsqu’il s’agit de sujets plus complexes demandant plus de réflexion, l’humain n’est pas totalement remplaçable.

3. Le métier de trader

Enfin, la finance de marché n’échappe pas à cette automatisation. Pouvions-nous croire que les robots s’attaqueraient même aux métiers les plus qualifiés ? Il faut croire que, comme Minsky l’avait prédit, les programmes informatiques réussissent maintenant mieux les tâches que les humains. 

Les plus grandes banques d’affaires, telles que Goldman Sachs, ont troqué les humains contre des algorithmes. En effet, l’image du trader renvoyée dans le Loup de Wall Street est à revoir. La vie luxurieuse du trader n’est plus rien à côté du Big Data, et Leonardo Dicaprio s’est fait remplacé par une machine. La banque d’affaires star comptait 600 traders en 2000 pour aujourd’hui n’en avoir plus que 2. Le trading automatique représenterait près de 60% des transactions quotidiennes mondiales, dont environ 80% au cœur de la bourse Américaine, à Wall Street.

Les ingénieurs au cœur du métier

Aujourd’hui, ce sont des ingénieurs informatiques, moins nombreux, qui ont pris la relève. Et l’automatisation dans les banques d’affaires a les mêmes avantages que dans les autres secteurs : il n’y a plus besoin de payer des hauts salaires de traders, mais “seulement” le déploiement d’un logiciel qui fera le travail plus rapidement.

Mais attention, malgré le grand ménage fait par Goldman Sachs dans les salles de marché, le trader n’est pas voué à complètement disparaître. La dimension psychologique présente chez un humain n’est pas encore présente chez les robots. Elle est pourtant indispensable en cas d’imprévu. C’est pour cela que certains traders seront conservés (à un nombre très faible de 2 par salle de trading chez Goldman Sachs), pour éviter des catastrophes.

A condition que ces humains en question programment bien les outils, et les gèrent bien dans l’urgence. Cela éviterait de se retrouver à nouveau comme le 6 mai 2010, lors du krach-éclair sur le Dow Jones, à Wall Street. L’origine de ce krach : un ordre de vente massif mal exécuté. Le Dow Jones perdit 1000 points en moins de 5 minutes, et le cours des actions devint complètement incontrôlable. Une action Apple valait 100 000 dollars et une action Accenture 1 cent. Une erreur humaine.


Les métiers de la finance sont donc, à la même hauteur que de nombreux métiers, menacés par la robotisation. Les métiers administratifs, considérés comme à faible valeur ajoutée, disparaissent peu à peu, suivis également par les métiers plus qualifiés. Alors où vont aller les cerveaux qui rêvaient de finance et de salaires élevés ? 

Si Minsky avait prévu une évolution de l’intelligence artificielle, il n’aurait jamais pu imaginer à quel point le XXIème siècle serait le siècle de l’intelligence artificielle.